Des mots plein la bouche - Paul Jolit, poète

 
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Nouveau recueil chez Edilivre : Le coeur bien accroché
 
 

"Avis de tempête", blog :   http://wwwpaul-jolit.blogspot.com/


 
VOLEUR !
 
 
chanson araucane
 
 
Sur les rives du Toltem,
Derrière d'épais fourrés,
D'un va-et-vient gracieux,
L'Indienne lave sa mante.
 
 
Elle se redresse un moment,
Expose au soleil son front,
Puis élève sa plainte au ciel
À la façon d'une chanson.
 
 
Homme blanc, arrête !
Homme blanc, voleur !
Tu m'as enlevé mon poulain,
Maison, vache et puis mon veau.
 
 
Mais son chant n'en est pas un,
Pas plus qu'elle ne dit sa joie.
C'est sa peine sous son manteau,
C'est sa douleur qu'elle cache.
 
 
Rien à se mettre sous la dent !
Pas le moindre abri en vue !
Crie l'Indienne en retrempant
Sa mante à l'épais tissu.
 
 
 
 
CHANSON DE BERGER
 
 
 
 
Le soleil va couronnant
Mes montagnes et leurs hauts sommets,
Montagnes miennes.
Je marche sur le sentier.
Je pense à elle, conduis mes lamas.
Ainsi est ma vie.
 
Pleine de rires fous et tristes
Et de peines joyeuses.
 
Petit berger, petit berger, ma chanson
Naquit auréolée d’espoir,
Tandis que mon cœur se lamentait,
Se lamentait, se lamentait.
 
Mes lamas s’en sont allés seuls
Sur le sentier jusqu’à leur étable.
Petits lamas !
Je marche sur la sente.
La quena pleure son absence.
Ainsi est ma vie.
 
Pleine de rires fous et tristes
Et de peines joyeuses.
 
Petit berger, petit berger, ma chanson
Naquit auréolée d’espoir,
Tandis que mon cœur se lamentait,
Se lamentait, se lamentait.
 
 
 
 
 
LE SUD AUSSI EXISTE
 
« El sur también existe », de Mario Benedetti
 
 
 
avec son rituel d’acier
avec ses grandes cheminées
avec ses sages clandestins
avec le chant de ses sirènes
avec ses ciels de néon
avec ses ventes de noël
avec son culte de dieu le père
et son culte des épaulettes
avec ses clés du royaume
c’est le nord qui commande
 
mais ici tout en bas tout en bas
toute la faim du monde
fait appel au fruit amer
de ce que d’autres décident
tandis que le temps passe
et que passent les défilés
et que se font d’autres choses encore
sans que le nord les interdise
avec son espérance têtue
le sud aussi existe
 
avec ses prédicateurs
avec ses gaz qui empoisonnent
avec son école de chicago
avec ses seigneurs de la terre
avec ses chiffons de luxe
et sa pauvre ossature
avec ses défenses gaspillées
avec ses dépenses en défense
avec sa geste d’envahisseur
c’est le nord qui commande
 
mais ici tout en bas, tout en bas
chacun à l’abri des regards
il y a des hommes et des femmes
qui savent à quoi s’accrocher
qui profitent du soleil
et aussi des éclipses
qui écartent l’inutile
et utilisent ce qui sert
avec sa foi de vétéran
le sud aussi existe
 
avec sa corne française
et son académie suédoise
avec son ketchup américain
avec ses clés anglaises
avec tous ses missiles
et avec ses encyclopédies
avec sa guerre des étoiles
et sa rage aveugle et opulente
avec tous ses lauriers
c’est le nord qui commande
 
mais ici tout en bas tout en bas
tout près des racines
est l’endroit où la mémoire
n’omet aucun souvenir
et il y a ceux qui ressuscitent
et ceux qui quittent la vie
ce faisant entre tous ils réussissent
ce qui était jusque là impossible
que le monde entier sache enfin
que le sud aussi existe
 
 
 
LE GARCON BOUCHER
 
 
" The butcher boy ", traditionnel anglais
 
 
 
 
Elle est montée pour faire son lit
Et n'a rien dit à sa mère non plus.
Sa mère, après, est montée aussi,
A dit : Ma fille, dis-moi, mais qu'as-tu ?
 
 
O ma mère, je ne peux plus parler
Au garçon boucher que j'ai tant aimé.
Il m'a ravie et m'a courtisée
Et maintenant ne veut plus rester.
 
 
Au centre de Londres, il est un endroit
Qui l'attire et où il s'y asseoit.
Il prend sur ses genoux l'une de ces garces,
Lui dit des choses qu'il n'dit pas à moi.
 
 
Quand son père est rentré manger,
S'est dit : Ma fille, qu'est-ce qui l'a blessée ?
Il est monté consoler ses pleurs.
Il l'a trouvée pendue et bien morte.
 
 
L'a descendue avec son couteau.
Entre ses seins, a trouvé ce mot :
Faites-moi un trou profond pour mon corps.
Mettez des plaques autour de ma tombe.
Sur mon cercueil, placez une colombe
Pour dire au monde que j'aimais trop fort.
 
 
Pasttime Paradise, de Stevie Wonder 
     
 Ils consacrent beaucoup d’leurtemps
À un passé idéalisé.
Ils consacrent beaucoup d’leurtemps
À un passé idéalisé.
Et ils gaspillent leurs vies
À glorifier des jours révolus.
Et ils sacrifient leurs vies
Au souvenir d’idées rebattues.
Dis-moi, qui des leurs setrouvera ? Dis-moi, qui des leurs est toi oumoi ?
Dévoiement, scandale
Relations raciales
Isolement
Abus de rang
Mutilation
Mutations
Mécréance
Tout ça concourt ….. au malheurdu monde.    
 
Ils consacrent beaucoup d’leurtemps
Pour le paradis à venir.
Ils consacrent beaucoup d’leurtemps
Pour le paradis à venir.
Ils recherchent dans leursesprits
Le jour où les peines serontabolies.
Ils parlent sans cesse du moment
Où le Dieu d’amour sera présent.
Dis-moi, qui des leurs setrouvera ?
Dis-moi, qui des leurs est toi oumoi ?
Proclamationdes relations raciales
ConsolationIntégration
Confirmationdes fois révélées
Acclamation
Salut du monde
Vibrations
Stimulation
Tout ça concourt…... au bonheurdu monde.
 
Ils consacrent beaucoup d’leurtemps
À un passé idéalisé.
Ils consacrent beaucoup d’leurtemps
À un passé idéalisé.
Ils consacrent beaucoup d’leurtemps
Pour le paradis à venir.
Ils consacrent beaucoup d’leurtemps
Pour le paradis à venir.
Nous dilapidons nos vies
À vivre de nos souvenirs.
 
C’est l’heure, vivez
Pour le monde qui va venir !
Gloire si vous vivez
Pour le monde qui va venir !
Dommage pour toutes ces vies
Vivant dans le souvenir.
Sunshine Reaggae,  de Laid Back
 
     
Allons, fais-moi juste un petitsourire.
Je ne demande rien d’autre.
Allons, fais-moi juste un petitsourire.
Ce message est le nôtre : 
 
Reggae, reggae, ma douce,
T’en fais pas, ça urge pas. Y’arien de pire !
Reggae, reggae, ma douce,
Laisse les bonnes ondest’envahir ! 
 
Allons, fais-moi juste un petitsourire.
Je ne demande rien d’autre.
Est-ce trop ?Allons, fais-moi juste un petit sourire.
Ce message est le nôtre :
Joins-toi au… 
 
Gai reggae du soleil.
Laisse les bonnes ondes t’envahir !
Reggae, reggae, ma douce,
T’en fais pas, ça urge pas. Y’arien de pire !
Reggae, reggae, ma douce,
Laisse les bonnes ondest’envahir ! Qu’elles s’affermissent !
 
Laisse les bonnes ondest’envahir ! 
Laisse les bonnes ondest’envahir !
Laisse les bonnes ondest’envahir !
Laisse les bonnes ondest’envahir !
Laisse les bonnes ondest’envahir !
Laisse les bonnes ondest’envahir !
Laisse les bonnes ondest’envahir !
 
 
LA MARCHE DES CHOMEURS
 
 
"Arbetlose-marsch ", chanson écrite en yiddish par Mordechaj Gebirtig (1877-1942)
 
 
 
 
Un, deux, trois, quatre,
C'est nous les chômeurs en marche !
Depuis des mois, pas l'écho
D'un marteau dans les usines.
Nos outils font grise mine.
La rouille leur fera la peau.
Nous marchons dans la grand-rue
Sans boulot, comme parvenus !
 
 
Un, deux, trois, quatre,
C'est nous les chômeurs en marche !
Sans chez-nous et sans habit,
Terre et crasse pour seul lit.
L'un apaise-t-il sa faim,
Aux autres le dernier morceau.
Et nous avalons de l'eau
Comme les rupins le vin !
 
 
Un, deux, trois, quatre,
C'est nous les chômeurs en marche !
Des années à s'échiner
Autrefois sans s'arrêter,
Construire villes et châteaux
Pour une bande de saligauds!
Et quel est notre salaire ?
Le chômage, la misère !
 
 
Un, deux, trois, quatre,
C'est nous les chômeurs en marche !
Pas à pas, nous avançons
Et entonnons not' chanson,
Celle d'un monde qui rajeunit,
Où vivent des hommes libres.
Le chômage, c'est fini
Dans not' nouveau pays libre !
 
 
Hulyet, hulyet, kinderlech, de Mordekhai Gebirtig
Défoulez-vous, les enfants !
Voilà le printemps !
Ah, comme je vous envie
De jouer si gaiement ! 
 
Jouez, jouez les enfants,
 
Jouez, c’est de votre âge,
 
Car du printemps àl’hiver,
 
Il n’y a qu’un pas. 
 
Défoulez-vous, les enfants,
Ne perdez pas de temps !
Acceptez-moi dans vos jeux.
Vous ferez un heureux. 
 
Oubliez mes cheveux gris !
Vous gênent-ils autant ?
Mon âme est tout aussi jeune
Qu’il y a bien longtemps ! 
 
Mon âme, pourtant si fraîche,
Souffre de nostalgie.
Ah, comme elle aimerait sedéfaire
De cette peau décatie !
 
LA CHANSON DU RIPAILLEUR
 
« Das Schlemmerlied », vieille chanson allemande (1541)
 
Vers qui vais-je me tourner ?
Hélas, pauvre de moi.
Que vais-je donc manger ?
Mon bien n’est plus à moi.
Adieu, ma bien aimée,
Je dois partir déjà.
Mon bien de la journée,
Je l’ai dilapidé.
 
Que ne suis-je né plus tard !
Voyez le résultat.
La chance s’rait pour demain,
Si c’trésor était mien,
Sans compter les recettes
Du Rhin, Venise offerte.
Ce serait en pure perte.
Il n’en resterait rien.
 
L’hiver est venu tôt.
Je m’occupe des oiseaux.
Aubergiste, fais-moi crédit,
Ou je donne mon habit !
Le vin qui m’éduqua
N’a qu’un habit de bois.
Je f’rai office de tonneau
Dans mes beaux affûtiaux.
 
Une carte et trois dés
Rehaussent mon blason.
Trois femmes de chaque côté
M’entourent, l’air polisson.
Viens par ici, ma mie.
Mon cœur est tout éjoui.
Attends-moi, je te prie.
Le vin tient compagnie.
 
Egorgez le cochon
Et aussi deux poulets.
Là-dessus, il serait bon
De bien les arroser.
Bienvenue, ami vin !
Maintenant, tu m’appartiens.
Tu croises mon chemin.
C’est pour mon plus grand bien.
 
Mettre argent de côté ?
Je le perdrais sûrement.
À moi tous les tourments,
Si on le déterrait.
Mon bien se fait la malle
À ripailler sans fin.
Il a sans doute un grain
Celui qui s’en porte mal.
 
Vers qui vais-je me tourner ?
Hélas, pauvre de moi !
Que vais-je donc manger ?
Mon bien n’est plus à moi.
Adieu, ma bien aimée,
Je dois partir déjà.
Mon bien de la journée,
Je l’ai dilapidé.
 
 
 
 
LE PONT DU MAIN
 
 
Chant populaire allemand
 
 
 
 
Un pont de pierre enjambe
Le Main et ses courants.
Qui veut le traverser,
Doit virer et danser.
Tra-la-la-la-la,
Tra-la-la-la.
 
 
Vint un gars sans sabots
En pauvres affûtiaux.
Quand il a vu le pont,
Il a dansé en rond.
Tra-la-la-la-la,
Tra-la-la-la.
 
 
Vint une jeune fille en robe
Sur le vieux pont de pierre.
Elle en retrousse les pans
Et danse comme le vent.
Tra-la-la-la-la,
Tra-la-la-la.
 
 
Son altesse en personne
Descendit de son trône.
A peine un pied posé,
Commence un menuet.
Tra-la-la-la-la,
Tra-la-la-la.
 
 
Par ici, bonnes gens,
Détruisez-moi ce pont.
Et ils maniaient la hache
En dansant sans façon.
Tra-la-la-la-la,
Tra-la-la-la.
 
 
Tous les gens du pays
S'empressent d'accourir.
Restez loin du vieux pont,
Car danser est bien bon !
Tra-la-la-la-la,
Tra-la-la-la.
 
 
Sérénade (Ständchen), de Franz Grillparzer,
      musique de Franz Schubert
    
Sans trop oser,
Par une nuit obscure et calme,
Nous sommes là.Un doigt légèrement plié,
Doucement, doucement,
Toquons à,
À la porte de ta chambre. 
 
Puis, les coups
Se font moins doux,Entêtés même.
D’une seule voix,
Nous crions à fendre l’âme :
Ne dors pas
 
Quand un doux penchant teparle ! 
 
Un sage parcourait les pays,
Lanterne en main, cherchant amis.
O combien plus rares que perles
Sont les êtres qui nous sontchers ?
Aussi, quand l’amour te parle,
Ma douce amie, ne dors pas ! 
 
Mais que sont tous les royaumes
Comparés à celui de tonsomme ?
Plus que d’attentions, de mots,
Tu as besoin de repos
Et le joyeux air s’éteint
Doucement, doucement.
Partons donc sans bruitaucun !  
 
ROMANCE OBJECTIVE
 
 
« Sachliche Romanze », d’Erich Kästner
 
 
 
Après huit ans d’épanouissement,
- On peut dire qu’ils s’aimaient tendrement -
Leur amour flancha subitement sans raison,
Comme on perd un chapeau ou un bâton.
 
Ils firent le jeu des apparences,
Tentèrent des baisers pour masquer leur peine,
Puis se regardèrent, ne sachant que faire.
Elle finit par pleurer en sa présence.
 
De la fenêtre, on pouvait saluer les bateaux.
Il dit qu’il était quatre heures et quart
Et temps d’aller boire un verre quelque part.
À côté, quelqu’un jouait du piano.
 
Ils se rendirent au petit bar,
Remuèrent le sucre dans leurs tasses.
Le soir venu les y rencontra.
Assis à leur table, ils ne parlaient pas…
 
Et ils avaient du mal à y croire.
 
 
 
 
 
COURT REPIT
 
« Eine kleine Frist », de Hermann van Veen
 
 
 
Le temps, tic-tac,
T’accorde un court répit,
Désamorce les conflits.
Tic-tac, c’est lui qui choisit.
 
Le temps, tic-tac,
Ridera ton front,
Défera tes illusions.
Tic-tac, son cynisme meurtrit.
 
Le temps, tic-tac,
Déroule ta vie,
Te libère et t’affermit.
Tic-tac, le coq salue l’aube.
 
Le temps, tic-tac,
Emousse les coins,
Te rend bien portant et sain.
Tic-tac, élime les roses.
 
Le temps, tic-tac,
Rend le mensonge vrai,
Rend l’eau trouble pure comme l’air.
Tic-tac, assagit les braques.
 
Le temps, tic-tac,
Fait poindre le soleil.
Quand il disparaît du ciel,
C’est que la montre claque
 
 
 
J'IRAI À SANTIAGO
 
 
"Son de negros en Cuba ", de Federico Garcia Lorca
 
 
Quand la lune sera pleine, j'irai à Santiago de Cuba.
Je roulerai sur l'eau noire.
J'irai à Santiago.
Ils chanteront les toits des cases.
J'irai à Santiago.
Cigogne née de l'envie d'une palme,
J'irai à Santiago.
Quand la méduse voudra être banane,
J'irai à Santiago.
J'irai à Santiago
Avec la tête blonde de Fonseca.
Avec la rose de Roméo et Juliette,
J'irai à Santiago.
Mer en papier et argent des pièces,
J'irai à Santiago.
O Cuba ! Au rythme de tes maracas,
J'irai à Santiago.
O ceinture brûlante et goutte du bois,
J'irai à Santiago.
Harpe taillée dans la chair des troncs. Caïman. Fleur de tabac.
J'irai à Santiago.
J'ai toujours dit que j'irai à Santiago.
J'irai à Santiago.
Je roulerai sur l'eau noire.
Brise et alcool dans les rouages,
J'irai à Santiago.
O mon corail dans les ténèbres,
J'irai à Santiago.
O couleur blanche, ô fruit funèbre,
J'irai à Santiago.
O fraîcheur bovine des laîches,
J'irai à Santiago.
Cuba fait de soupirs et de glaise,
J'irai à Santiago.
 
 
 
 
 
 
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